Depuis une vingtaine d’années, la recherche et la médecine commencent à intégrer la dimension du genre dans leurs pratiques afin d’offrir une approche plus juste et précise. En effet, au delà de l’aspect biologique incontestable, les constructions sociales et culturelles influencent largement  la santé des femmes et des hommes sur le plan physiologique et pathologique.

LE CERVEAU A T-IL UN SEXE?

C’est le cas d’un point de vue reproductif et hormonal (il existe des  neurones exclusivement « féminines » qui déclenchent l’ovulation). Mais en revanche, concernant les fonctions cognitives, la réponse est non. Hommes et femmes ont exactement les mêmes capacités de raisonnement, de mémoire, d’attention. C’est donc bel et bien l’expérience, la plasticité du cerveau qui façonne les aptitudes et comportements.

L’Homme nait avec un cerveau inachevé : il  possède cent milliards de neurones mais seulement  10% de ces connexions sont présentes au départ. Les 90% restantes se construisent avec le monde extérieur. L’inné et l’acquis sont donc indissociables : toute personne est donc simultanément une être biologique et social.

Concernant l’appartenance au genre, celle-ci ne se conscientise que vers deux ans et demi. Or depuis la naissance, l’enfant il évolue dans un environnement sexué.  L’influence hormonale pourrait également jouer : les quantités d’ocytocine et de testostérone pourraient être des déterminants comportementaux mais rien n’indique que celles-ci ne se modifient pas en fonction du contexte.

LA RECHERCHE ET LE GENRE 

Les chiffres parlent d’eux-même : 80 % des médicaments sont retirés du marché  à cause d’effets secondaires sur les femmes… cette différence s’explique facilement :  les essais sur les molécules portent en très grande majorité sur des sujets mâles afin d’éviter le « biais » des variations hormonales et se prémunir ainsi d’une potentielle interdiction de commercialisation. La loi européenne rend obligatoire les tests sur les deux sexes mais il n’existe aucune proportion  minimale à respecter.

LA PREVENTION ET LE DEPISTAGE

Les rapports de genre ont aussi des conséquences sur la connaissance que les femmes et les hommes ont des maladies, leur dépistage. Celles-ci consultent de manière préventive et a avoir des comportements visant à rester en bonne santé le plus longtemps possible alors que les hommes sont plus enclins à la prise de risque et à attendre l’urgence avant de faire une quelconque démarche.

LE DIAGNOSTIC ET LA PRISE EN CHARGE

Les différence entre le sexes dans la santé ne sont donc pas forcément de manière biologique. Le poids des représentations sociale est vecteur d’inégalité et conduisent souvent à de mauvais diagnostics. L’expression des symptômes, leur verbalisation, la durée entre leur apparition et la consultation tout d’abord influencent la prise en charge.

L’infarctus du myocarde est un exemple typique de l’interaction entre sexe et genre. Cette pathologie a longtemps été associé aux hommes mûrs, stressés par leur travail. Ce stéréotype a conduit à un sous-diagnostique chez les femmes.  Une patiente se plaignant d’oppression dans la poitrine se verra prescrire des anxiolytiques alors qu’un homme sera orienté vers un cardiologue. Inversement pour l’ostéoporose, maladie des « femmes ménopausées » alors qu’elle est à l’origine d’un tiers des fractures du col du fémur chez l’homme. Son diagnostic pourrait pourtant éviter le risque de deuxième fracture.

Le recours au soin est ainsi plus tardif chez les hommes qui dans l’imaginaire collectif se veut plus « dur au mal ». Les femmes, quant à elles, parlent plus plus facilement leur douleur.

POUR ALLER PLUS LOIN : DEPASSER LE SYSTEME BINAIRE 

La séparation de l’espèce humaine en deux sexes bien définis est un non-sens biologique. Il existe non seulement plusieurs manières de le définir (gonadique, hormonal, chromosomique) et plus de deux possibilité pour chacune d’elle. La masculinité et la féminité structurent la société par code et convention. Les personnes dites «intersexes» ou hermaphrodites représenteraient 4% de l’humanité, ce qui est loin d’être dérisoire. Mais ce chiffre tombe à 1,7% dès les premiers moins de vie car les sujets sont généralement opérées dès les premières semaines pour leur «assigner» l’un des deux sexes. Si ce n’est pas le cas, l’état civil demande d’effectuer ce choix pour reconnaitre de l’enfant..

Ne pas correspondre au système de genre binaire est donc encore  considéré comme une « pathologie » ou une « malformation » …Cette idée de troisième sexe ou sexe neutre (par ailleurs reconnu en Allemagne) remettrait en cause beaucoup de constructions sociales et l’appréhension même de la santé…

L’étude des liens entre sexe, genre doit se doter d’une approche transversale qui permet d’intégrer l’être humain dans sa globalité  pour mieux appréhender les questions sanitaires et sociales. L’avenir doit nécessairement faire évoluer les méthodologies et les pratiques.

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